Téléchargez gratuitement notre eBook "Pour une stratégie d'entreprise éco-responsable"
télécharger
French
French
Secteur(s) :
No items found.
Formation juridique
Propriété intellectuelle : formez vos équipes au-delà de la conformité
Stratégie PI, preuve d’antériorité, secrets d’affaires, outils de valorisation : une formation sur-mesure animée par nos avocats.
En savoir plus
Formation juridique
Intelligence Artificielle : maîtriser vos risques juridiques & anticiper l’IA Act
Découvrez notre formation sur les risques et obligations liés à l’intelligence artificielle
En savoir plus
Actualité
22/9/26

La Commission européenne adopte ses premières lignes directrices sur les abus d’éviction

Le 3 septembre 2026, la Commission européenne a adopté ses premières lignes directrices sur l’application de l’article 102 du TFUE aux pratiques d’éviction abusives des entreprises en position dominante. Ces lignes directrices visent à favoriser une application plus cohérente du droit de la concurrence par la Commission, les autorités nationales et les juridictions des États membres, en s’appuyant sur la jurisprudence de l’Union et l’expérience décisionnelle de la Commission.

L’adoption de ce texte prolonge le paquet de textes sur l’application de l’article 102 du TFUE, lancé en mars 2023, par lequel la Commission avait modifié sa Communication de 2009 sur les priorités de mise en œuvre de l’ancien article 82 du traité CE afin de tenir compte de l’évolution de la jurisprudence et des marchés.

Les lignes directrices remplacent ainsi la Communication de 2009, sans modifier l’article 102 du TFUE ni présenter de caractère législatif contraignant. Elles constituent ainsi un cadre de référence pour identifier et analyser les pratiques des entreprises en position dominante susceptibles d’évincer des concurrents.

1. Une analyse en plusieurs étapes

A. La caractérisation de la position dominante

Le texte identifie plusieurs facteurs déterminants d’une entreprise en position dominante. Les parts de marché demeurent un élément essentiel, avec un seuil minimum de 40% en deçà duquel la position dominante est réputée peu probable. Peuvent également être pris en considération les dépenses de R&D et le nombre de brevets détenus, pour compléter l’analyse. 

De plus, les barrières à l’entrée ou à l’extension constituent un indice fort, étant précisé que dans les écosystèmes numériques, les barrières sont renforcées lorsque le nouvel entrant doit attirer simultanément de nombreux utilisateurs sur plusieurs segments d’une plateforme. 

Enfin, les lignes directrices soulignent l’importance de l’existence d’un contre-pouvoir de négociation des acheteurs ou la présence de l’entreprise sur des marchés connexes (« after-markets »).

En outre, le texte formalise la notion de domination collective, lorsque plusieurs entreprises indépendantes agissent ensemble comme une seule entité économique, en raison de liens structurels, contractuels ou personnels entre elles.

B. L’identification d’un comportement qui ne relève pas de la concurrence par les mérites et capable de produire des effets d’éviction

D’une part, un comportement ne relève pas de la concurrence par les mérites lorsqu’il vise à évincer un concurrent par des moyens indépendants de la performance de l’entreprise. Il peut notamment s’agir de diffuser des informations trompeuses sur un concurrent ou de détourner une procédure réglementaire ou judiciaire de sa finalité afin d’empêcher le développement d’un concurrent.

D’autre part, pour être qualifié d’abusif, le comportement doit être susceptible d’accroître la probabilité des effets d’éviction. Il n’est cependant pas nécessaire de prouver un préjudice direct pour les consommateurs ni l’intention de l’entreprise de restreindre la concurrence.

C. L’examen des éventuelles justifications objectives ou gains d’efficience

Les lignes directrices formalisent le fait que le comportement de l’entreprise doit répondre à une nécessité objective (par exemple la lutte contre la concurrence déloyale, la gestion de commandes anormales ou la liquidation de stocks obsolètes) et rester proportionné à celle-ci. De plus, la Commission donne des exemples précis de gains d’efficacité bénéficiant aux consommateurs (réduction des coûts, qualité, innovation, durabilité ou avantages environnementaux…), lesquels doivent être probables, directement liés au comportement en cause et étayés par des données contemporaines.

2. Les pratiques concernées

La Communication de 2009 traitait principalement des accords exclusifs (achats exclusifs, rabais conditionnels), des ventes liées/groupées, des prix prédateurs, et des refus de fourniture et compressions des marges. Les nouvelles lignes directrices ajoutent des catégories de pratiques tout en précisant les catégories déjà existantes, par exemple :

  • Les restrictions d’accès : elles se distinguent du refus de fourniture lorsque l’accès n’est pas totalement supprimé, mais retardé, dégradé, rendu excessivement coûteux ou soumis à des conditions déraisonnables.
  • Les remises conditionnelles non exclusives : elles font l’objet d’une nouvelle catégorie et d’une analyse spécifique tenant compte notamment de leur structure, de leur seuil, de leur durée ou encore de leur caractère rétroactif.
  • L’auto-préférence : la Commission reprend les critères de l’affaire Google Shopping (importance du marché, absence de moyens de remplacement effectifs, traitement injustifié, et influence sur les utilisateurs)
  • La compression des marges : elle est désormais analysée séparément du refus de fourniture.
  • Les ventes liées ou groupées : leur appréciation tient davantage compte de la complémentarité des produits, des effets de réseau, des écosystèmes numériques et de la capacité de la pratique à protéger ou renforcer une position dominante sur plusieurs marchés

Sont ainsi mis en exergue des comportements non tarifaires particulièrement importants dans l’économie numérique.

3. Une approche opérationnelle par catégories de comportements présumés abusifs

Le Réseau européen de la concurrence soulignait déjà en 2024 que certaines pratiques pouvaient par nature faire l’objet de présomptions d’éviction. Les lignes directrices retiennent de telles présomptions pour (i) les pratiques d’accords exclusifs, (ii) de compressions des marges lorsque la marge d’un concurrent aussi efficace devient négative et (iii) de prix prédateurs, sous réserve de remplir le test coûts/prix établi par les lignes directrices.

Au surplus, est instaurée une catégorie spécifique de « comportements par nature nuisibles à la concurrence », qui regroupent plusieurs comportements restreignant la concurrence (notamment remplacement d’un produit concurrent par celui de l’entreprise dominante sous la menace de supprimer des remises, démantèlement d’une infrastructure utilisée par un concurrent, etc.).

4. Les conséquences pratiques

Ces lignes directrices devraient conduire les entreprises dominantes à renforcer le contrôle interne de leurs pratiques commerciales, notamment en matière de remises, de clauses d’exclusivité et de conditions d’accès aux infrastructures ou aux données. Elles marquent une étape importante dans la formalisation de l’approche européenne des abus d’éviction, tout en laissant une marge d’appréciation aux autorités nationales de concurrence. Leur portée exacte dépendra donc de la manière dont les autorités nationales, les juridictions nationales et la Cour de justice de l’Union européenne confirmeront ou infléchiront leurs interprétations.

Consulter ici les nouvelles lignes directrices.

Philippe BONNET / Rémi ACHARD
Photo de Marco: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/drapeaux-administration-mats-de-drapeau-commission-europeenne-13153479/
Formation juridique
Intelligence Artificielle : maîtriser vos risques juridiques & anticiper l’IA Act
Découvrez notre formation sur les risques et obligations liés à l’intelligence artificielle
En savoir plus

Abonnez vous à notre Newsletter

Recevez chaque mois la lettre du DDG Lab sur l’actualité juridique du moment : retrouvez nos dernières brèves, vidéos, webinars et dossiers spéciaux.
je m'abonne
DDG utilise des cookies dans le but de vous proposer des services fonctionnels, dans le respect de notre politique de confidentialité et notre gestion des cookies (en savoir plus). Si vous acceptez les cookies, cliquer ici.