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Actualité
13/8/26

Avis de l’ADLC sur le fonctionnement concurrentiel du secteur des agents d’IA

Le 17 juillet 2026, l’Autorité de la concurrence (ADLC) a publié un avis n°26-A-05 consacré au fonctionnement concurrentiel du secteur des agents d’intelligence artificielle, dans la continuité de son avis n°23-A-08 sur le fonctionnement concurrentiel du secteur de l’IA générative et de son étude relative à l’impact énergétique et environnemental de l’IA. 

Les agents d’IA, aujourd’hui dominés par OpenAI, Google et Anthropic, qui détiennent à eux trois plus de 84 % du secteur, évoluent vers de véritables plateformes capables d’exécuter des tâches complexes et, à terme, de réaliser l’ensemble du parcours d’achat du consommateur dans le cadre du commerce agentique, c’est-à-dire le commerce électronique dans lequel des agents d’IA agissent au nom des utilisateurs ou des entreprises pour rechercher, comparer et effectuer des achats de manière autonome ou semi-autonome.

L’ADLC met en évidence plusieurs barrières à l’entrée et à l’expansion, tenant notamment à la dépendance des éditeurs d’IA (Microsoft, Salesforce, Adobe, etc.) envers les fournisseurs de modèle (OpenAI, Anthropic, Claude, Gemini, etc.), au coût élevé de l’inférence (entraînement de l’IA par répétition) et aux obstacles technologiques et comportementaux (absence de données normalisées, d’historique d’achats et de données comportementales détaillées sur les utilisateurs pour un nouvel entrant). Ainsi, les grandes entreprises bénéficiant de leurs propre IA intégrés dans leur écosystème  ont accès à un vaste ensemble de données continuellement enrichies que leurs concurrents, en particulier les nouveaux entrants, ne peuvent raisonnablement reproduire. 

Dans un premier temps, l’avis identifie des risques concurrentiels majeurs liés aux agents d'IA agissant en tant que nouveaux intermédiaires de l’économie numérique, dont notamment : 

  • La désintermédiation des sites marchands (20-25% du trafic serait directement redirigé vers les sites internet marchands depuis les agents d’IA à l’horizon 2030 contre moins de 5% aujourd’hui), 
  • Les pratiques d’auto-préférence et de discrimination (la publicité et les éventuels partenariats publicitaires, le référencement préférentiel d’accès aux données, tout accord d’exclusivité d’intégration d’un agent IA sur un site marchand…), 
  • Les risques liés à l’intégration des agents dans les services existants d’entreprises verticalement intégrées (ventes liées ou groupées, verrouillage technique ou contractuel, politique tarifaire d’éviction...).

Dans un second temps, l’avis met en garde contre les risques associés à l’autonomie croissante des agents d'IA, faisant peser plusieurs menaces majeures sur le marché du commerce agentique :

  • Un effet de verrouillage au profit de quelques grands acteurs : en accumulant un historique massif de données de consommation, les agents IA proposent un niveau de personnalisation inégalé. Cependant, cette concentration de données chez une poignée d'acteurs (OpenAI, Google et Anthropic), couplée au manque d'interopérabilité, crée de véritables barrières à l'entrée au détriment des nouvelles entreprises privées de cet historique.
  • Un risque de collusion algorithmique : l’automatisation des transactions favorise la coordination implicite des algorithmes de concurrents différents (par exemple pour l'alignement dynamique des prix), ce qui neutralise la compétition naturelle du marché au détriment des consommateurs.

À terme, la gouvernance concentrée autour du trio dominant Open AI / Google / Anthropic risque donc de fragmenter le marché et de fortement limiter la concurrence.

Pour répondre à ces enjeux, l’Autorité formule six recommandations regroupées autour des trois axes suivants :

  • Mobiliser le cadre règlementaire existant, ce qui implique d’appliquer pleinement le cadre juridique existant (recommandation 1), de garantir une concurrence effective en renforçant la vigilance à l’égard des grandes plateformes numériques (recommandation 2) par un accès équitable aux agents IA (recommandation 3) et une meilleure transparence à l’égard des utilisateurs (recommandation 4) ;
  • Favoriser l’interopérabilité et la portabilité dans le secteur (recommandation 5), notamment en encourageant la mise en place de conditions d’utilisation techniques et contractuelles au service de l’interopérabilité entre les services d’entreprises verticalement intégrées et les éditeurs d’agents d’IA tiers ;
  • Garantir la mise en place de standards ouverts/transparents/publics (voir collaboratifs) ouverts (recommandation 6), afin d’éviter qu’un acteur dominant n’en contrôle l’évolution. Ces standards transparents et fiables doivent favoriser une gouvernance ouverte et l’interopérabilité grâce à des solutions open source.

En définitive, cet avis marque une nouvelle étape dans l’appréhension concurrentielle de l’IA agentique. En privilégiant une approche préventive fondée sur la mobilisation des instruments existants plutôt que sur la création d’un cadre sectoriel spécifique, l’ADLC affirme que le droit de la concurrence est, à ce stade, en mesure d’appréhender ces nouveaux modèles économiques, sous réserve d’une articulation cohérente avec les autres instruments européens.

Si cet avis laisse subsister des interrogations quant à l’application concrète de ces règles à des technologies en constante évolution, il adresse d’ores et déjà un signal fort à l’ensemble des acteurs du secteur. La vigilance affichée par l’ADLC laisse en effet entrevoir l’émergence prochaine d’une pratique décisionnelle venant préciser les contours concurrentiels de l’IA agentique. Plus qu’un simple exercice prospectif, l’avis ouvre ainsi une nouvelle phase de la régulation concurrentielle de l’IA agentique.

Philippe Bonnet / Rémi Achard / Gaëtane Fisson
Image par @phonlamaiphoto sur Canva
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