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Actualité
4/2/26

Perquisition chez X et convocation d’Elon Musk : quels faits sont reprochés par la justice française ?

Le 3 février 2026, le parquet de Paris a procédé à une perquisition dans les locaux français du réseau social X. Dans le même dossier, Elon Musk a été convoqué en audition libre, en sa qualité de dirigeant de droit ou de fait de la plateforme.

Ces actes s’inscrivent dans le cadre d’une enquête pénale ouverte en janvier 2025 à l’initiative du ministère public, toujours en cours à ce stade.

L’enjeu est immédiat et central : la justice française cherche à déterminer si la plateforme X, par son fonctionnement technique, algorithmique et organisationnel, a permis, facilité ou insuffisamment empêché la diffusion de contenus pénalement répréhensibles, et si cette situation est susceptible d’engager la responsabilité pénale de la société et de ses dirigeants.

Ce qui s’est passé concrètement

1. Une perquisition judiciaire ciblée

Le 3 février 2026, des enquêteurs spécialisés en cybercriminalité, agissant sous l’autorité du parquet de Paris, ont perquisitionné les bureaux français de X.

Cette opération avait pour objet de rechercher et saisir des éléments de preuve, notamment :

  • des données relatives aux systèmes de modération des contenus,
  • des informations techniques sur le fonctionnement des algorithmes de recommandation,
  • des éléments liés à l’outil d’intelligence artificielle “Grok”,
  • ainsi que des documents internes relatifs à la gouvernance et aux processus décisionnels.

2. Convocation d’Elon Musk

Dans le prolongement de cette perquisition, Elon Musk a été convoqué en audition libre, de même que d’autres dirigeants ou responsables de la plateforme.

En droit pénal français, l’audition libre permet aux enquêteurs d’entendre une personne sans mesure de contrainte, tout en l’interrogeant sur des faits susceptibles de qualification pénale.

Quels sont les faits potentiellement poursuivis ?

L’enquête porte sur plusieurs axes factuels distincts, tous liés à l’exploitation de la plateforme X.

1. Dysfonctionnements allégués des algorithmes

Le point de départ du dossier repose sur des signalements mettant en cause le fonctionnement des algorithmes de X, soupçonnés :

  • d’avoir favorisé la visibilité de contenus illicites,
  • ou d’avoir insuffisamment limité leur diffusion, malgré leur caractère manifestement illégal.

La justice s’interroge sur une éventuelle exploitation fautive de traitements automatisés de données, lorsque ces systèmes contribuent directement à la commission ou à la propagation d’infractions.

2. Diffusion de contenus pénalement illicites

L’enquête a ensuite été élargie à plusieurs catégories de contenus graves, toutes sanctionnées par le droit pénal français.

a) Contenus à caractère pédopornographique

Les enquêteurs examinent si la plateforme a pu :

  • laisser circuler,
  • ne pas retirer avec diligence,
  • ou faciliter la diffusion
    de contenus pornographiques mettant en scène des mineurs, en violation des dispositions les plus sévères du Code pénal.

b) Deepfakes sexuels non consensuels

Un autre volet concerne la création et la diffusion de contenus pornographiques de synthèse, notamment des deepfakes sexuels, parfois générés ou amplifiés par des outils d’IA.

Ces contenus sont susceptibles de constituer :

  • des atteintes graves à la vie privée,
  • des violences sexuelles numériques,
  • voire des infractions liées à la contrainte ou au harcèlement.

c) Contenus négationnistes

La justice s’intéresse également à la diffusion de contenus contestant l’existence de crimes contre l’humanité, infraction pénale spécifique en droit français.

La question posée est celle de la tolérance ou de l’insuffisance des mécanismes de modération mis en place par la plateforme.

3. Le rôle de l’intelligence artificielle “Grok”

L’outil d’IA générative développé par X, connu sous le nom de Grok, fait partie intégrante des investigations.

Le parquet cherche à déterminer si cet outil a :

  • généré directement des contenus illicites,
  • ou facilité leur production et leur diffusion,
    en l’absence de garde-fous suffisants.

La question centrale est celle de la responsabilité pénale liée à la mise à disposition d’un système d’intelligence artificielle lorsque celui-ci produit ou amplifie des contenus pénalement répréhensibles.

4. Pourquoi la responsabilité des dirigeants est en cause

La convocation d’Elon Musk s’inscrit dans une logique de recherche de responsabilité de direction.

Les investigations portent notamment sur :

  • le rôle réel du dirigeant dans les choix techniques et stratégiques,
  • sa capacité de contrôle sur les systèmes litigieux,
  • et la possibilité de le qualifier de dirigeant de fait, indépendamment des montages juridiques formels.

En droit pénal français, la responsabilité personnelle d’un dirigeant peut être engagée lorsque les infractions résultent de décisions, d’abstentions ou d’une organisation défaillante placées sous son autorité.

Où en est la procédure ?

À ce stade :

  • l’enquête demeure préliminaire,
  • aucune mise en examen n’a été rendue publique,
  • aucune qualification pénale définitive n’a été officiellement arrêtée.

Les suites possibles vont du classement sans suite à l’ouverture d’une information judiciaire, voire à des poursuites pénales visant la société X et/ou des personnes physiques.

Affaire à suivre, tant les suites procédurales de cette enquête pourraient marquer un tournant majeur dans l’appréhension pénale des plateformes numériques et de leurs dirigeants en France.

Vincent FAUCHOUX
Image par James Duncan Davidson via Flickr
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